À nos heures volées sur les réseaux sociaux, à notre vie envolée

La réalité nous échappe, notre vie aussi

La réalité, c’est cette chose un peu folle qui nous dépasse. Il paraît même que nous sommes les personnages principaux de cette mascarade qui se déroule devant nos yeux affaiblis par l’illusion d’exister autrement. N’est-ce pas étrange de vivre en arrêt sur image ? Cet article est motivé par un sentiment amer d’impuissance face à quelque chose qui aurait le goût d’une addiction inconsciente devenue insouciante.

Alors qu’on ne se surprend même plus à faire defiler des publications sur les réseaux sociaux, on oublie que notre vie défile à une vitesse bien plus importante. Si l’on voulait se défier, il faudrait tout arrêter, mais le plus fou c’est qu’il est déjà trop tard, la machine est en route vers une destination idéologiquement digitale. Imaginez que notre vie, de façon optimiste, dure 90 années et que, de façon pessimiste, l’on passe 50% de nos journées à observer la vie des autres durant des fragments de secondes que l’on imagine momentanément courtes, mais qui s’éternisent vers des heures… C’est ainsi que nous vécurent 45 années au lieu de 90 belles bougies. Paix à nos âmes, du moins pour ce qu’il en reste, restait, resterait. En quelque sorte, on est mort avant l’heure. On s’autorise ce laisser-aller vers une bulle dans laquelle d’autres gens comme nous partagent des instants paraissant joyeux, ou bien des pensées paraissant révolutionnaires, ou même des articles aux titres ravageurs qui n’auront aucune autre information que celle déjà annoncée en grosses lettres. Notre cerveau est assez exceptionnel dans son genre. Il ingurgite des centaines de milliers de données dont l’importance est à moindre effet positif sur notre vitalité. En bref, on perd notre temps à enregistrer des choses nullement vitales, nullement joyeuses, nullement intéressantes, nullement pertinentes dont la seule raison qui nous motive est la fainéantise de vivre. Peut-être que la réalité est bien trop compliquée à affronter. Il n’en reste pas moins que nous sommes de bons metteurs en scène d’une pseudo-vie vécue avec succès. Finalement quand nous serons morts, nos posts survivront sans nous et les millions d’autres personnages aussi.

Enfin, il serait trop facile de dire que le seul fautif porte le nom d’un réseau social. Après tout, nous sommes responsables de nos actes et je nous soupçonne d’être les vaillants instigateurs de ce mélodrame. Le jour où tout a commencé, la réalité continuait à nous rattraper. On partageait nos photos à la plage, de belles citations, l’anniversaire du voisin avec des communautés restreintes encore timides. Aujourd’hui, nous poursuivons dans la même lancée avec l’unique différence de passer beaucoup plus de temps à attirer l’attention. On a compris le système et notre enfant co-existant s’est réveillé. Cette simple idée me laisse penser que l’enfant qui ne cesse de vivre en nous doit se manifester sur la toile, assoiffé d’une attention permanente. Sommes-nous des mal-aimés ? Du moins, des enfants qui ont besoin d’avoir une audience réelle ou pas, l’essentiel c’est qu’elle nous aime, non ?

C’est intéressant de voir ce contraste avec notre quotidien palpable qui semble tellement moins excitant qu’une photo filtrée ou une vidéo montée. À force de nous voir sur les réseaux sociaux, bientôt on ne se reconnaitra même plus dans la rue. Il y a des voiles qui ont tendance à faire polémique, là n’est pas le sujet, mais celui sur la toile fait fureur avec une discrétion malhonnête de trahir la vérité. La vérité ! Si je me laisse aller, cet article pourrait devenir un livre barbant tellement il y aurait de choses à raconter, à ressasser. La vérité, c’est ce pouvoir que nous pensons tous détenir depuis que nous avons reçu l’approbation de quelques likes sur nos idéaux postés… La seule vérité dont nous devrions prendre conscience, c’est qu’elle n’existe pas. Vous savez, moi aussi je crois parfois détenir ce pouvoir magique, mais l’enfant qui est en moi déteste cet égo surdimenssionné, alors je me ressaisie (quand ma conscience le veut bien) pour ne pas décevoir cette petite qui croyait bien plus en la réalité qu’en la vérité. En fait, je me fous un peu de savoir qui a raison ou tort, quand on passe des heures à vaguer sur la toile, on divague sur tous les fronts, puis on se perd jusqu’au fossé de sa propre pensée. Il m’arrive de croire que nous vivons un leurre, que nous sommes devenus des zombies d’une comédie qui devait être drôle, mais a pris une tournure dramatique dont l’intrigue est déjà dévoilée. Alors que notre conscience est absorbée par ce leurre, notre inconscience reste intacte. Sûrement la raison qui m’attriste le plus… J’aime bien imaginer un monde en pleine conscience, ça me paraît utopique

Qu’en est-il de ces heures passées que l’on ne pourra plus retrouver ? Elles sont point volées car une part de nous a forcément cette envie de s’échapper ailleurs quand on se connecte sur la vie des autres ou sur notre pseudo-monde. Nous sommes les voleurs de notre propre vie et notre fervent complice se dématérialise de toute culpabilité.

À l’heure où j’écris cet article, mon regard a eu cette intention d’être guidé vers ces pages ouvertes qui me rappellent que j’existe ailleurs qu’ici. En d’autres termes, je vois des notifications rouges qui me tentent de les ouvrir pour voir qui ou quoi a bien pu se manifester dans ma seconde vie éternelle ou plutôt immortelle. Même si l’envie m’obsède déjà, je n’irais pas, pas tout de suite, j’attendrais que mon inconscience revienne à moi dans un moment de lassitude. Ces instants là sont bien trop nombreux à en croire le temps passé à avoir cru exister autrement, autrement qu’ici et maintenant.

Je crois que l’on devrait s’assoir parfois avec soi-même en invitant sa conscience à s’aimer souvent, se le dire, s’exprimer à haute voix, se sentir vivre intensément cette vie qui se déroule jour et nuit, nuit et jour. Elle a ce quelque chose tellement délicieux et intriguant à la fois de se déployer à l’infini, sauf qu’un beau jour nous ne serons plus là pour revoir ce ciel bleu, ces étoiles brillantes, ces nuages gris, cette mer vivante, cet air si frais qu’il fait si bon de respirer…

Le paradoxe de cette fin optimiste, c’est que je vais partager cet article avec l’humble désir de converser sur le sujet par voix digitale, encore…

Si je peux me permettre un excès d’honnêteté dans ce lâché prise, j’espère sincèrement qu’un jour  nous serons capables d’utiliser l’intelligence au service de l’amour de soi. Apprendre à s’aimer, n’est-ce pas un challenge révolutionnaire à relever ?

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