Et quand on sortira

Le téléphone sonnera, les proches d’un jour referont surface, les opportunistes disparaîtront à nouveau, les faux médecins reprendront leur place de citoyens, les amants s’échapperont enfin, le palais de justice reprendra du service, les politiciens éphémères retrouveront l’ombre d’un succès disliké, les nuits seront plus courtes, le stress reviendra, le métro ronronnera, le travail reprendra.

Serons-nous véritablement guéris de nos démons ?

Il se murmure que l’éveil des consciences s’est invité chez certains, mais que les autres étaient trop occupés à jouer les guerriers. À la conquête d’une conspiration, d’un coup monté, à la victimisation nombriliste du « pourquoi moi ? ». Devons-nous dire à ces autres que le monde entier est en lutte et que le seul remède est d’être patient ? Peine perdue, la prise de conscience générale, je n’y crois pas. L’humain est enrichi par sa différence. Quand certains mangent des pangolins, d’autres mangent des chevaux, alors qu’une autre partie préférera la verdure. Stopper l’humanité de ses habitudes est une conquête bien optimiste qui n’a d’espoir que si on force la population, fort capricieuse soit dit en passant. Et encore… Forcer une population libre est un combat perdu d’avance. Excusez mon mépris hautain. Étant moi-même confinée avec pour seule compagnie moi-même, je vous avoue que je suis au bord de l’explosion cosmique lorsque je vois la situation humaine ne pas prendre avantage de ce confinement pour devenir meilleur. J’ai bien peur que les bouteilles en plastique reprendront le rivage pour s’engloutir dans les intestins de nos co-résidents, j’ai nommé les animaux marins. Pensez-vous vraiment que la planète entière va se réveiller demain pour devenir meilleure ? J’ai osé le croire, mais j’osais encore me mentir à moi-même. Après trois semaines d’incarceration avec ma propre personne, j’ai décidé d’être honnête en affrontant la terrible vérité qui se pavane sous mon balcon.

Trois semaines

Trois semaines. Trois semaines à vivre cloisonné soit avec votre miroir ou au pire l’autre miroir : les autres ! Laissez-moi vous avouer que j’occupe mes silences en imaginant ce qu’il se passe chez mes concitoyens. Mes voisins, eux, je suis déjà au courant. À droite, madame est une confinée confirmée avec moult années d’expériences, elle continue ses parties de scrabble via Skype, et ça roule ! À gauche, les engueulades vont bon train, par chance ils ont droit au soleil le matin. À entendre les claquements de leur porte j’ai bien compris que confinement rimait plutôt avec obligation refusée, droit de sortie auto-proclamée. Apparement, les contraintes des uns ne sont pas celles des autres, mais après tout chacun sa… sa merde. Excusez ma vulgarité. Je répète : trois semaines !

Vous comprendrez que ceci n’est pas un article, mais un échappatoire car j’ai découvert récemment que sortir avait l’avantage de faire respirer, voire évacuer. Et contenir la colère est très mauvais pour la santé. Bien que n’ayant aucun symptôme du coronavirus, je guette attentivement les pathologies collatérales. Ne pouvant pas sortir étant une bonne citoyenne ornée d’un écriteau mentionnant « stupide », vous comprendrez à nouveau que je dois évacuer ce que je ne peux extérioriser en marchant ou en achetant une de ces paires d’escarpins qui me fait de l’oeil depuis 4 semaines. Collection automne, je vais devoir me faire à l’idée d’un échec total quant à mon regard visionnaire concernant la mode, nous serons sûrement en été lorsque l’on sortira. Oui, nous vivons aussi une désintox de consommation excessive et inutile.

Bon, concrètement, qu’en sera-t-il lorsque nous sortirons ?

J’évite d’écrire « quand sortirons-nous » car quelque part j’en ai presque peur. J’ai peur de découvrir cette réalité existentielle d’’une humanité complètement égocentrique. Je ne l’invente pas, il suffit d’observer nos comportements sur les réseaux sociaux. Certes, ça nous relie, mais je crois que ça nous déshumanise, désolidarise aussi. J’ai vu des disputes virtuelles partir en fusillades d’émojis colériques. Alors, serons-nous des pro du digital à notre sortie du confinement ? Il y a de fortes chances que le nouveau combat sera de nous déconnecter. Maintenant que les apéros ont pris place sur nos écrans, les flemmards y verront un bon moyen de ne pas sortir le bout du nez le vendredi soir. Puis, le télétravail sera chose acquise pour la majorité des travailleurs et ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un employeur sourd et confiné. La société comptera plus de dépressifs, ceux qui n’ont pas supportés l’enfermement à l’image d’une télé-réalité individuelle. Les relations à distance seront maîtrisées et une bonne excuse pour ceux qui n’ont pas vraiment envie de se déplacer. Les couples se seront rendus compte que leur amour fusionnel a surmonté le coronavirus, quand d’autres auront éclaté l’intégralité de la porcelaine à portée de mains. Les enfants reprendront l’école en réclamant l’internat pour ne plus quitter leurs copains et les professeurs. Bonne nouvelle, l’école sera enfin reconnue comme utilité publique primaire pour les parents. Ces mêmes parents qui seront ravis de confier leurs enfants du lundi au vendredi et week-end si possible. Papi et Mamie n’étant plus disponibles pour la garde alternée (blague de mauvais goût non assumée, je vous l’accorde). N’oublions pas les célibataires dont le confinement sera sûrement synonyme d’abstention. Mesdames, Messieurs, à la guerre comme à la guerre.

Le monde nouveau

Ça, c’était la première version non utopique d’un cerveau enflammé après 3 semaines en quarantaine. Mais, dans l’entraille de mon esprit où vagabonde l’optimisme viscérale, j’ai l’espoir. J’ai vu des gens prendre le temps, se poser dans un état de réflexion. J’ai lu des choses belles qui imaginent le monde de demain comme un monde nouveau où l’humain ne fera qu’un avec la planète. Où l’humain prendrait ses responsabilités d’un passé trop gaspillé à vouloir plus que ce dont il a réellement besoin. J’ai vu la solidarité des uns qui prêtaient mains fortes aux autres. J’ai lu que certains prenaient le confinement comme une opportunité de faire son introspection et de soigner les blessures d’un passé ravagé. J’ai vu que d’autres aidaient leurs voisins. J’ai vu des actions collectives pour une lutte commune. J’ai vu une prise de conscience du présent et du futur que nous offrirons aux générations suivantes. J’ai cru comprendre que l’éveil des consciences avait tapé à plusieurs portes et que le message était bien passé. J’ai vu des connexions vivantes entre humains comprenont enfin qu’ils avaient besoin l’un de l’autre.

Retour au contact réel

L’écran ne remplacera jamais le contact réel. Il nous manque, on le désire tous. Cette frustration du manque s’extériorise pas la colère dans des commentaires, par le silence de ceux qui préfèrent se taire, mais aussi par la peur. La peur d’être enfermé, de ne plus pouvoir se voir, de ne plus retrouver une vie normale, une vie que nous avons aimée autant que détestée. Alors oui, j’y crois. Lorsque nous sortirons nous serons différents, nous serons liés par une même épreuve, nous vaincrons l’anxiété de se revoir, nous soignerons ceux qui ont mal vécus cette absence, et nous fêterons cette terre nouvelle avec des comportements plus responsables, plus humains. Une célébration de la vie, de la vie collective, de l’humanité. Ce ne sera pas l’ensemble de la planète, mais une grande partie se réveillera et après avoir écrit un pavé, c’est celle que je veux garder en mémoire pour apaiser la peur d’être libérée dans un monde nouveau. Un monde à améliorer.

Alors que je concluais ce récit, j’aperçois par ma fenêtre la lueur d’une étoile, Vénus. Elle me rappelle que l’univers est immense. Que si l’on veut éviter la bêtise, il suffit de marcher sur l’autre trottoir et de rester du côté de ceux qui ont l’espoir. J’y penserai lorsque je retrouverai ma liberté ! Quant à toi, cher confinement, merci de m’avoir rendu ma liberté de penser et de m’exprimer

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