Sur un rythme de samba, j’aime orchestrer ma vie pour qu’elle soit à l’image d’un rêve idyllique qui aurait pu naître dans mon cerveau de gamine frustrée par l’interdit. On m’a longtemps dit que je ne pourrais pas atteindre les sommets d’un lieu qui me paraissait à la hauteur de mes envies, une vie parfaite, faite de beauté, de joyaux et de festivités. Je n’avais pas la pleine conscience de ce que valait ces mots posés dans mon journal intime lorsque je voulais à tout prix sortir d’une misère qui semblait surmontable à mes yeux, mais pitoyable aux yeux d’une hiérarchie qui prenait place devant le tableau que je visais de mon regard rêveur, mais prudemment en train de s’éveiller. Il est vrai que mes notes scolaires étaient grotesques, enfin je veux dire qu’elles étaient à a hauteur d’un esprit rocambolesque qui espérait sortir du bahut sans passer par la case « travail ». C’est seulement au lycée en étant confrontée au pouvoir que j’ai pris la décision d’apprendre, de m’enrichir et de m’enfuir. Mon plan était parfaitement structuré, on m’avait imposé un établissement scolaire qui ne ressemblait pas du tout à mon ambition plutôt gigantesque et une motivation incontrôlable. Mon envie grossissait à perte de vue, à vrai dire je ne voyais déjà plus ce qui m’entourait, je voulais simplement obtenir les meilleurs résultats sur papier afin de rentrer dans les rangs d’une société qui avait besoin que je justifie ma capacité intellectuelle pour accéder aux portes sacrées d’un lycée général. Me voilà bachelière avec une jolie mention pour un aller simple direction la Côte d’Azur. Non, joli coeur tu n’as pas les moyens pour une école privée, alors bienvenue à l’université !

C’est ici que j’ai vécu avec retardement mon adolescence festive, Ô le mot est faible ! Ma vie se dorait à chacun de mes pas, un peu comme cette phrase qui dit que certains naissent avec une cuillère en or dans la bouche, pour ma part je dégustais à la louche un or immatériel qui se glutinait dans mes souvenirs pour en devenir nostalgiques certains soirs d’automne. J’ai atterri dans l’entrepreneuriat, autrement dit l’école de la vie, j’y ai tout appris. Sur le terrain, je pratiquais ce que les professeurs de ma faculté diffusaient à travers leurs beaux discours mécaniques et  tendrement impersonnels. Je retrouvais donc ma personne parmi un parterre de personnes et c’est ici que la richesse explosait. Je n’en ferais pas une disserte, si ce n’est qu’à présent je peux disséquer avec précision les leçons que mon parcours semé d’embuches m’a appris.

J’ai du tombé 50 fois, les chutes n’étaient pas fatales mais s’appréciaient guerre sur l’instant.  Il me reste quelques égratignures, loin de moi l’envie de me plaindre. Aujourd’hui, j’habite à Paris et je fais face à quelque chose d’assez embêtant, il parait que je m’approche des 30 ans. J’en ai peur car ces dernières années j’ai instrumentalisé mon précieux temps au détriment d’un coeur passionné qui s’est emballé sans compter. Je n’ai pas de regrets, seulement l’amertume parfois qui me hante et qui blesse. Pour en revenir au sujet principal, ma vie a toujours été presque parfaite. Pourquoi « presque » ? Laissez-moi vous raconter, il se pourrait que la votre se reflète à travers ces petits maux partagés.

Le rêve publié contre le cauchemar dissimulé

Ne vous-êtes vous jamais demandé si ces gens sur la vague de votre fil d’actualités étaient vraiment heureux à l’image de leurs contenus partagés ? Je n’ai rien contre l’orchestration d’une vie, j’ai même participé à cet élan de projection d’une vie rêvée, mais aujourd’hui je ressens le besoin d’être connectée au vrai, à la vérité de ces ombres que l’on ne voit pas et qui se cachent derrière des grimaces parfaitement mimées. Dans un documentaire relatant la vie d’un nourrisson jusqu’à ses 1 an, j’ai appris qu’avant 8 mois un bébé n’a pas conscience d’exister. Je me demande si le fait de vivre par procuration nous rend vivants ou plutôt morts avant l’heure. Avons-nous conscience d’exister ? Si vous allez dans le passé de mes publications, vous verrez ma vie illustrée dans des endroits chics, marbrés et lustrés avec des phrases d’accroche telles que « the place to be », « happy day », « heaven », laissez-moi vous confier que cette mascarade était drôlement douloureuse certains jours. Ma vie n’est pas parfaite, tout ce que j’ai ou n’ai pas n’a jamais était qu’une illusion. Évidemment, ce que l’on poste est une vérité sur le moment, on ajuste ce qui parait moche avec des filtres, des outils d’embellissement jusqu’à detester son propre visage face à un miroir qui ne ment pas. L’idée de partager du beau n’est pas si mal en soi, c’est une bonne initiative de vouloir montrer le meilleur de soi-même, le meilleur de la vie, de la nature, de tout ce qui nous entoure. Mais, dans ce brouhaha silencieux où nos doigts s’empressent de faire défiler ce qui nous oppresse, sommes-nous heureux ? Qui sommes-nous ? Pourquoi nous nous déconnectons de notre vérité ? Je crois que la vie est très belle à l’oeil nu, par contre l’humain a cette tendance à vouloir fuir ce qu’il est vraiment : un coeur battant vivant dans l’espoir de conquérir le bonheur, l’ultime joie de vivre, celle que l’on ressent consciemment. Pourtant, il est juste là devant nous dans l’éternel présent. Peut-être que nous avons peur de nous montrer sous nos mauvais jours, de montrer nos faiblesses, de partager nos détresses parce que dans une société conditionnée aux valeurs des dictates nous ne nous sentons pas à la hauteur, alors on s’ajuste et on fait dans la généralité. Le fait de mettre en scène nos vies avec une attente d’acquiescement pourrait-il avoir raison de nous ? Et si on perdait moins de temps à enjoliver notre scénario, deviendrons-nous vivants à nouveau ? Que le temps passe, que les mots me manquent…

Pourquoi j’ai eu le besoin d’écrire ce billet ? Parce qu’il m’est arrivé maintes fois d’être confrontée à mon scénario parfait et ça m’a blessé. Ces fois où l’on me disait que j’avais tellement de chance d’avoir tout ce que j’ai comme si je n’avais fait aucun effort pour vivre ces fragments de ma vie. Ce que l’on partage est un choix, nous savons pertinemment que c’est notre décision de les publier, mais nous invitons les personnes de l’autre côté de l’écran à y voir l’image sans y voir la personne. Et c’est ici que j’ai un doute sur notre ambition de vouloir une vie parfaite sur papier et cauchemardesque en vraie. Partageons le beau, mais n’oublions pas d’y ajouter de l’humanité, une partie de nous, une vérité, une humilité. Je pleure la génération qui grandit avec des tablettes, les 8 mois du nourrisson qui n’est pas conscient d’exister pourrait bien s’allonger jusqu’à un futur maussade dénué de sensibilité.

Il est probable que tu te demandes pourquoi j’ai écrit cette introduction intimiste, je vais te le dire : c’est un cri, un besoin d’exclamer impudiquement ma vérité en addition à mes photos pour rappeler que nous sommes tous des êtres uniques dont chaque histoire est différente et non juste glacée par de jolis filtres. Un besoin de me justifier ? Non, une envie de partager et d’échanger sur le sujet.

Intimement,

Sarah

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