Tu peux liker sans me lire, ça m’ira très bien : la page blanche en panne d’attention, mais pas sans inspiration

Ma panne commence dès la première phrase, elle aurait pu être blanche tout comme cet article qui pourrait être le néant si je ne pianotais pas sur mon clavier. Puis, vient le moment où les mots s’empressent et je me dis que je dois bien avoir quelque chose à dire. Des idées, ce n’est pas ce qu’il manque, le vrai problème résiderait peut-être dans cette attente, celle de l’idée du siècle. Quand bien même elle serait extraordinaire, est-ce que quelqu’un va me lire ? Est-ce qu’un individu de passage va poursuivre la lecture ? Est-ce que toi tu me liras ?

Je n’ai probablement rien à t’apprendre, si ce n’est l’envie timide de prendre ton temps.

Il faut le bon titre, puis la bonne accroche pour attraper le lecteur, l’appâter avec une photo suggestive qui titillerait son esprit curieux pour vaguer à une lecture plus propice à une attention particulière. Le faire succomber à la tentation de quelques lignes, le faire disjoncter au rythme de confessions ardentes. Je n’ai pas tout ça, j’ai juste des idées quelque part par là, mais tu ne les connais pas puisque je ne les partage pas. Une peur d’être trop égocentrique en parlant de moi, une frayeur de divaguer vers le nombrilisme, moi, moi, moi, regarde-moi ! Enfin, si tu me lisais, ce serait déjà ça… En écrivant cet article, je n’avais aucune idée de la destination ou même du titre que je pourrais lui donner. D’ailleurs, je ne l’ai toujours pas, ce sera l’étape finale lorsque je me relirais et que peut être je déciderais de le publier ou pas. Dans une époque où les images provoquent plus d’engouement que des phrases, je me perds dans cet enthousiasme général dédouané de conscience à l’ère du « j’ai pas le time ». J’adore les jeux d’images sur les réseaux sociaux, mais l’écriture reste mon bateau, celui où j’aime bien me prélasser pour faire des parenthèses et larguer mes amarres sur des sentiments déjà connus ou des émotions lunaires qui me font plonger dans les profondeurs. Pas celles de l’océan, mais les profondeurs de mes propres pensées ou de mes réflexions. Tu vois, je crois que l’écriture c’est ça. C’est de partager une partie de soi, un brin d’intimité, un voyage dans la tête de l’autre. Je suis bien trop pudique pour me dévoiler dans les marécages de l’internet, les zones d’ombre sont tellement nombreuses que j’en ai peur, alors je m’arrête. C’est ainsi que la page blanche arrive ! Un état émotionnel où les idées sont présentes, mais les doigts s’épouvantent et s’effraient de balancer des mots à des lecteurs bien trop pressés. J’ai peur. Pas seulement de la page blanche, je veux dire du jugement, du malentendu, du qu’on dira-t-on, du silence et de cette absence d’intérêt possible si personne ne me lisait. Être dénué d’intérêt par la foule, c’est effrayant, enfin c’est embarrassant dans une génération où tout doit être vu par des millions.

Devrais-je aussi me montrer ? Enfin, mon visage, mes doigts, ma féminité, puis pourquoi pas dénuder les chutes de mes reins peu affriolantes pour attiser un peu plus de frivolité et faire tomber dans le panneau un lecteur précipité. On veut tout voir, moi je vois tout, tout comme vous j’erre dans mes fils d’actualité à la langueur étonnante d’un rien. Il ne se passe jamais rien, je veux dire que l’on n’est pas extraordinaire, j’ai même l’impression qu’on se ressemble, on est d’un banal avec nos courbes plagiés chez les voisins. Il m’arrive de zoomer pour être sûre d’avoir bien vu que l’autre là-bas ne m’y trompe pas, on voit tout ! Finalement, on voit rien, même pas le ciel bleu parfois. Il s’y passe 24 heures avec une nuque déjà déconcertée par la vie peu trépidante qu’elle a eu à observer : le rien de tout un monde ébahi par le vide intersidéral de nos vies figées sans être vécues. Au mieux, on sera des stars d’un jour applaudies aux cris des likes via des hashtags dépressifs assoiffés d’amour.

Au pire, si personne ne me lit, autant te dire que ce ne sera pas une grande perte ! Entre toi et moi, cet article part dans tous les sens, une sorte de colère contre cette page blanche qui serait bien plus béante si je m’autorisais le droit à une liberté d’être moi, ici et là. Je me jette la pierre car après tout c’est sur mon blog que je me lamente. Pour quelqu’un qui n’a rien à dire, mes doigts s’emballent…

Tu l’auras compris ou pas, mais je crois que la page blanche c’est un état paralysé par la peur de ne pas être assez bien. Tu vois, ici on a pris l’habitude d’être acquiescé, d’être vanté, d’être validé, et si on ne l’est pas, alors comment le vivre ? Et si on me vandalisait, ce serait pire, enfin je veux dire, je n’oserais pas les lire. Peut-être qu’il y a des jets d’encre qui valent bien que l’on s’accoste sur la jetée quelques minutes avant de prendre le large. C’est ainsi que je reviendrai avec quelque chose à dire, et quelque chose à faire ressentir sans attendre le moindre oui. J’aime ou j’aime pas, peu importe l’idée est là.

Tu vois, avec un rien, on fait un tout. Ça fait du bien, puis le reste on s’en fout…

Cet article a été écrit en partant de rien, mais si tu es là, c’est déjà ça.

Sarah

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