J’AI PAS DE GROSSES FESSES À PUBLIER, C’EST GRAVE DOCTEUR ?

nudité réseaux sociaux

Pas de cachotteries entre nous, j’aurais pu utiliser le mot sein ou lèvres, mais la fesse est à la mode en ce moment. Ne me dites pas que vous ne les avez pas vues passer sous votre nez, du moins sous vos yeux curieux. Elles enflamment le web sur un twerk ou en shorty ultra moulant, celui qui n’a pas vu que la fesse était dans les starting blocks n’est donc pas à la page. Loin de moi l’idée de vous proposer une dissertation sur ce phénomène quelque peu biologique, un tant soit peu chirurgique. C’est tout simplement en vaguant à mes occupations sur le net que je me suis rendue à l’évidence que je voyais quotidiennement au moins 10 personnes exhibants leur corps de… rêve selon l’opinion générale gouvernée par les likes. La nudité est devenue une banalité accessible en un clic, s’exhibant même dans notre fil d’actualité sans l’avoir recherché.

Ne soyez pas timides, déshabillez vous

N’est-ce pas l’essence même des réseaux sociaux ? Se mettre à nu, partager sa vie, puis d’une manière logique montrer son intimité. Sans même frapper à la porte, je suis déjà rentrée chez vous, je connais votre décoration, votre café préféré et vos activités. Jusque là, admettons que tout est vraisemblablement normal. Certains ont le clic facile en nous invitant immédiatement sous leurs vêtements. De nos jours, tu peux même être habillé en montrant tout, du genre le legging qui moule la paire de fesses ne laissant aucun doute face à son arc de cercle tant recherché. C’est la tendance actuelle tout droit venue des égéries du web, le mouvement Kardashian, Nikki Minaj et j’en passe. Plus c’est gros, plus on like. Dans cette catégorie affriolante, on a le droit au derrière bombé, les lèvres gonflées et les seins d’une taille égale au fessier. L’avantage, c’est que nos complexes se sont envolés « T’as de grosses fesses ! » « Oui, je sais je suis à la mode, ma dernière photo a eu 500 likes alors parle à mon derrière ».

Hormis la mode, c’est forcément au phénomène digital que je me suis intéressée. Cette envie de tout dévoiler. Ne serait-ce pas l’appas du like ?  On voit des peaux se dénuder de plus en plus et de plus en plus tôt, une tendance qui a le culot de nous conditionner à une nouvelle ère plus exhibitionniste. Non, je ne suis pas coincée, la vue d’un décolleté plongeant ne me donne pas des sueurs froides. Je me demande juste jusqu’où irons nous et  surtout le pourquoi ?

harcèlement photo nu internet

Que voulons nous prouver ? 

1. Jalousez mon corps aux lignes parfaites

En ce moment, les codes d’apparences web veulent que les femmes aient des fesses rebondies avec une bouche en canard. Les photos qui répondent à ces critères fleurissent sur la toile en devenant « likable ». À force d’en voir, on se demande si on est bien proportionné. Celles qui partagent leurs courbes savent pertinemment que le like sera de la partie pour devenir déesse virtuelle d’un jour. Plus elle s’exhibe, plus le partage est facile. En dévoilant sa cambrure, on peut imaginer que la belle veut refléter une image idéale d’elle-même dans l’attente d’une approbation générale. En se conformant aux codes physiques, elle a plus de chance de déclencher un buzz.

2. Je suis une oeuvre d’art 

Je m’expose. Dans l’absolu, nous sommes tous des oeuvres d’art, non ? Sur la toile, on voit souvent des photos artistiques de nus. Une sorte de musée digital. Bien que le nu se justifie par l’art, le charme ou l’érotisme (ainsi que le porno), il y a aussi ceux qui vont utiliser leur smartphone pour dévoiler leur corps librement sur les réseaux sociaux façon Kim Kardashian in the bathroom. En se prônant reine du selfie, il n’y a pas de doute que parmi ses millions d’abonnés certains suivent leur icône de très près jusqu’à taper la même pose dans la salle de bain de papa et maman. Kimmy n’a pas inventé la nudité, néanmoins elle a  a donné un coup de pouce à l’exhiber sur le net d’une manière devenue totalement habituelle. Les influenceurs sont nombreux à avoir pris le même chemin depuis bel lurette. Ni vu, ni connu, tout le monde a commencé à enlever le haut : c’est de l’art. Abstrait ? Qui sait… Ça peut être moins drôle de retrouver son banal « selfie in the bathroom » sur des sites mal intentionnés, du moins appelons un chat, un chat : un site pornographique. D’où l’art de savoir dire stop. Mention spéciale aux parents qui lisent cet article, gardez un oeil sur vos enfants : il y a quelques semaines j’ai vu un groupe de gamines faire une pyjama party olé olé sur Periscope.

3. Je me cherche 

Tout comme une ado qui se cherche en portant une mini jupe en plein hiver qu’il vente ou qu’il neige afin de découvrir la puberté et le désir masculin à son égard, l’ado génération Y publiera sa photo en attendant l’apothéose du like. Prendre en photo des parties de son corps n’est pas chose rare sur les réseaux sociaux, mais ce n’est pas sans risques car les commentaires haineux sont une autre facette périlleuse. Un cliché qui n’aura pas d’approbation publique aura une multitude de conséquences, à commencer par les complexes. On se cherche sans vraiment se trouver parmi le parterre de réactions positives et négatives auxquelles on se confronte. Publier, c’est accepter d’être jugé.

C’est la même pour les adultes, ils sont juste plus conscients quant aux risques et consentants en mesurant leur taux de like.

4. Besoin de confiance en moi : love me, please like me  ♥

Avoir confiance en soi est un bien long périple, d’autant plus lorsqu’il s’aventure sur le web. Que ce soient sur Instagram, Facebook ou Snapchat, l’outil de l’appareil photo nous a familiarisé avec notre propre image. L’option du partage nous confronte à l’avis que les autres peuvent avoir de nous. Il est devenu tellement normal de s’exposer que nous avons développé en nous une attente. L’attente de l’acquiescement, est-ce que l’on m’aime ? Suis-je assez belle ? Il est naturel de vouloir plaire, mais problématique d’attendre que l’on nous aime. La première étape étant de s’aimer soi-même.

5. Je veux faire passer un message

C’est bien connu, mettez vous nu et le message passera comme une lettre à la poste. Disons que l’audience sera plus tentée de s’attarder sur la chose. Après quelques secondes, leurs doigts se laissera séduire par le bouton like et pourquoi pas un éventuel partage amical.

Bravo, le quota du millier de like a été atteint ! Problème, beaucoup s’attardent sur le corps en faisant un focus méga zoom sur les seins ou la face arrière. C’est ce qu’on appelle un échec d’envoi dans le jargon numérique.

Un contraste important entre ce que je veux montrer et ce que les gens voient

En me relisant, je me surprends à n’avoir parlé que des femmes. Comme si les hommes ne subissaient pas le jugement, c’est faux, il existe en étant minimisé contrairement au sexe féminin qui parait plus comme un objet du désir. Le moindre bout de peau est sexualisé. On le conditionne avec des critères physiques, une apparence victime du dickat et une mise à jugement collectif. Le digital a délibérément suivi le même chemin. Par conséquent, partager sa photo est soumis aux critiques si l’on ne correspond pas à cette supposée norme.

Certaines ont choisi de s’en moquer en se pavanant la poitrine à l’air en acceptant les différentes réactions. Il en faut du courage, une personne trop sensible vivra mal les moqueries, voire les insultes. Chacun est libre de ses actes.

Bien qu’une photo nue attire plus d’audience qu’un col roulé, il faut être conscient du danger sur internet. Que ce soient pour faire rougir la gent masculine en postant sa plastique, faire passer un message militant ou attirer l’attention, la photo peut être détournée, copiée, collée et partagée sur d’autres supports avec l’objectif de récolter aussi du like en se moquant. Attention à ne pas devenir victime d’un buzz harcèlement.

Se confronter au regard extérieur est devenu chose courante sur la sphère web. Ce n’est pas pour autant qu’il faut être sous l’emprise des autres. Alors, fesses plates ou potelées, tout le monde est dans le même panier à la simple différence qu’être conforme à la mode rapporte du like. Rappelons que la mode passe. Il est plus sage de publier en étant conscient des risques. De plus, vous n’avez rien à prouver, si ce n’est d’apprendre à vous aimer en faisant un travail personnel qui sera bien plus enrichissant que 100 like. Patience ♥

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